Un événement tragique au sein de la communauté sénégalaise en France. Des discussions passionnées et un débat houleux voire orageux lors d’un live TikTok a tourné au drame impliquant deux ressortissants sénégalais aux positions politiques opposées. Décrit comme quelqu’un de courtois, sympathique et sociable, le jeune militant de Pastef Baba Abdoulaye Diop dit Guelwar qui cherchait à exposer son harceleur le nationaliste El Hadji Seydou Ndiaye, connu sous le pseudonyme Baol Gaindé, a été poignardé à mort. Très attristés, les proches de l’étudiant Patriote révèlent les circonstances de cet événement douloureux à Paris.
Baba Abdoulaye Diop dit Guelwar, plus connu sous le pseudonyme Venom, était un militant du Pastef et un panafricain convaincu. Il est décrit par ses amis à Paris comme une personne accueillante, aimable et facile d’approche. Il recevait ses compatriotes avec bienveillance et écoute avec honnêteté. Le jeune homme était selon les témoignages des étudiants sénégalais à Paris quelqu’un de courtois, sympathique et sociable. Ils confient également que Baba Abdoulaye Touré était très accueillant, abordable, avenant, aimable, poli et serviable. Un humaniste dans l’âme. Il s’opposait sur les réseaux sociaux particulièrement sur Tik Tok aux discours de El Hadji Seydou Ndiaye, connu sous le pseudonyme Baol Gaindé. Ce dernier est considéré par les internautes comme abrupt, arrogant, haineux, ethniciste. Le nationaliste, proche du politicien Tahirou Sarr, est terriblement xénophobe. Dans la nuit du 15 décembre, un débat houleux entre ces deux personnalités lors d’un live TikTok a tourné au drame.
«Baba Abdoulaye Diop a reçu un coup de couteau mortel au niveau du thorax»
Baol Gaindé a copieusement insulté et menacé de mort Baba Abdoulaye Diop. L’étudiant s’est rendu au domicile de l’insulteur pour l’exposer sur les réseaux sociaux. Une fois devant la devanture de Baol, le militant de Pastef a été sauvagement attaqué avec une arme blanche. Désarmé, le jeune Patriote a été pris de court. Il a été mortellement agressé. L’un de ses amis à Paris, après avoir été sur la scène du crime raconte : « Je suis parti avec sa sœur à l’hôpital pour identifier le corps. Les policiers nous ont montré une photo. On l’a identifié. Il a reçu un coup de couteau mortel au niveau du thorax. Il a abondamment saigné avant de perdre la vie ». Il ajoute la voix tremblante : « Baba Abdoulaye Diop avait prévu d’arrêter les lives sur Tik Tok pour suivre une formation en informatique. Il est allé dans deux écoles supérieures pour se renseigner. Pour la première, les frais annuels étaient de 5000 euros et pour la seconde, le coût annuel était fixé à 8000 euros. Sa famille s’était engagée pour lui payer la formation en informatique. Malheureusement, il nous a quittés dans des conditions atroces ». Un autre ami nommé Fullah est revenu sur le caractère et la personnalité de Guelwar. Il témoigne : « Venom animait des lives sur Tik Tok durant lesquels il expliquait sa vision du monde. C’était un militant engagé de Pastef. Il défendait ses idées. C’était pour des débats constructifs. C’était aussi un jeune panafricain convaincu qui aimait profondément le Sénégal et l’Afrique. Il s’opposait aux discours haineux des partisans de Tahirou Sarr. Baba Abdoulaye Diop ne tolérait pas la xénophobie ni l’incitation à la haine qui est devenue le fonds de commerce des nationalistes. Il demandait aux partisans de Tahirou Sarr d’arrêter de stigmatiser et d’insulter la communauté guinéenne au Sénégal. Il a été victime de harcèlements. Il a été outrageusement calomnié et de diffamé ces derniers mois par les nationalistes ».
Baba Abdoulaye Diop victime de la xénophobie des nationalistes
Avant même la présidentielle de 2024, Baba Abdoulaye Touré était victime d’une violente campagne de diabolisation et d’injures de la part d’individus se réclamant du nationalisme sénégalais mais opposés à sa démarche. Ces dernières cherchaient notamment à le discréditer en le taxant de « Guinéen ». Au mois de juillet passé, Dr Aminata Diop, grande sœur du jeune Patriote victime de harcèlement sur les réseaux sociaux, munie d’une procuration, avait déposé une plainte auprès de la Division de la cybercriminalité contre les auteurs des menaces de mort. Malheureusement, la justice n’a pas donné suite à cette plainte. Membre de Pastef, Dr Salimata Diop a dénoncé le harcèlement en ligne ayant précédé le drame. Elle a été la première à annoncer la mort Baba Abdoulaye Diop survenu dans la soirée du lundi 15 décembre à Paris. « J’ai la profonde douleur de vous faire part du décès de mon petit frère, Baba Abdoulaye Diop, survenu à Paris. Il était mon seul et unique frère. Je vous prie de prier pour le repos de son âme. Je ne pouvais pas avoir une douleur aussi vive », a déclaré Dr Diop très affectée par cette tragédie. D’après elle, son frère ne s’était pas rendu au domicile du meurtrier dans l’intention de nuire. Il aurait simplement cherché à filmer et identifier l’utilisateur du compte TikTok « Baol Gaindé » lorsqu’il a été attaqué à l’arme blanche. Une enquête est en cours pour établir les responsabilités exactes de ce drame, qui relance le débat sur les dangers du harcèlement en ligne et de la violence politique au sein de la diaspora sénégalaise.
«Je viens de perdre mon unique fils par le fait du discours irresponsable d’un politicien»
Aboubakry Diop, père de la victime, n’a pas caché sa tristesse et sa détresse suite à la mort de son fils. Il pointe du doigt le leader des nationalistes porteur d’un discours extrêmement dangereux pour la cohésion nationale : « Je viens de perdre mon unique fils Baba Abdoulaye Diop par le fait du discours irresponsable d’un politicien voulant engranger des voix lors des dernières législatives. Pour son assassin, il était Guinéen. Bien qu’il n’ait aucune valeur de plus que nos frères qui vivent parmi nous, il est Sénégalais de souche. Son père, ancien Sous-Préfet du Sénégal et sa mère Infirmière d’État à la retraite du Sénégal. Je crois que la Fonction publique du Sénégal est réservée aux exclusivement Sénégalais ». L’homme qui a été au service de la République de s’interroger : « Mais supposons qu’il soit Guinéen. Est-ce cela signifie qu’il mérite la mort uniquement de ce fait ? Qui de nous a choisi ses parents, son pays de naissance ? ». Pour Aboubakry Diop, la responsabilité des politiciens est engagée. Il estime que « chacun a la Liberté avec grand L de croire le “meilleur chemin pour le développement de son pays” dans une atmosphère de tolérance et de paix ». Il exhorte les autorités étatiques à prendre à bras-le-corps la question des discours divisionnistes des partisans de Tahirou Sarr. « Au nom de mon fils, je demande solennellement à nos politiciens de mesurer les conséquences de leur discours car sa mort est une alerte quant à l’état de désintégration de notre Société ! Je demande également à l’Etat auquel j’ai consacré ma vie de prendre ces responsabilités afin que nous puissions léguer un Sénégal où nos enfants ne rencontrent pas des problèmes que leurs parents ont vécu, un Sénégal meilleur ! ». Il faut rappeler que les peines pour l’incitation à la haine raciale ou ethnique sont clairement définies dans le Code pénal sénégalais avec des peines privatives de liberté et des amendes significatives, avec une aggravation possible en cas de récidive. Les peines d’emprisonnement vont de 3 mois à 2 assorties d’une amende de 100 000 FCFA à 1 000 000 FCFA. En cas de récidive, la double de la peine maximale peut être appliquée.
Blaise Diagne























































































