Les sanctions de l’ONU contre l’Iran seront formellement rétablies depuis minuit TU, après l’échec des négociations avec les Occidentaux, qui réclament des gages sur son programme nucléaire. Le président iranien a lui fustigé une exigence américaine de céder « tout » l’uranium enrichi.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran est le seul pays non doté de l’arme nucléaire à enrichir l’uranium à un niveau élevé (60%) proche du seuil technique de 90%, nécessaire à la fabrication de la bombe atomique. Téhéran se défend d’avoir de telles ambitions sur le plan militaire, mais insiste sur son droit au nucléaire à des fins civiles, notamment pour produire de l’électricité.
L’accord sur le nucléaire (JCPOA) conclu en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances plafonnait ce taux à 3,67%. D’après l’AIEA, l’Iran dispose d’environ 440 kilos d’uranium enrichi à 60%, un stock qui, s’il était enrichi jusqu’au niveau de 90%, permettrait au pays de se doter de 8 à 10 bombes nucléaires, selon des experts européens.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé ce 27 septembre que les États-Unis avaient exigé de l’Iran de lui remettre « tout » son uranium enrichi en échange d’une prolongation pour trois mois d’une suspension des sanctions, qualifiant cette requête « d’inacceptable ». « Ils veulent que nous leur cédions tout notre uranium enrichi », a déclaré à la télévision d’État Massoud Pezeshkian. « Dans quelques mois, ils auront une nouvelle exigence », a ajouté le président iranien.
Retour des sanctions lourdes
Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, groupe de pays appelés E3, ont déclenché fin août le mécanisme du « snapback » qui permet dans un délai de 30 jours de rétablir les sanctions levées en 2015 après l’accord sur le nucléaire iranien. Après le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU et l’échec ce 26 septembre de la Russie et de la Chine à repousser la date butoir, de lourdes sanctions, allant d’un embargo sur les armes à des mesures économiques, sont donc rétablies ce dimanche 28 septembre, depuis minuit TU.
En protestation, l’Iran a rappelé ce samedi 27 septembre « pour consultations » ses ambassadeurs en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, selon la télévision d’État. Selon plusieurs témoignages reccueillis en Iran par l’AFP, « la situation (économique) actuelle était déjà très difficile, mais elle va empirer ». « L’impact du retour des sanctions est déjà évident : le taux de change (du dollar face à la monnaie nationale, le rial) augmente, et cela entraîne une hausse des prix » des biens de consommation, avec un niveau de vie « bien inférieur » à ce qu’il était « il y a deux ou trois ans ».
Ce 27 septembre, un dollar s’échangeait au marché noir contre environ 1,12 million de rials, un niveau record, selon plusieurs sites de suivi des changes. Un journaliste de l’AFP a constaté une affluence inhabituelle au Grand bazar de Téhéran dans les bijouteries pour acheter de l’or, valeur refuge. « La plupart des gens craignent une nouvelle guerre à cause du snapback », ajoute un observateur en Iran, en allusion aux frappes israéliennes et américaines en juin durant 12 jours contre l’Iran.
La diplomatie bloquée malgré des efforts
Des réunions au plus haut niveau se sont multipliées toute la semaine en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York pour tenter de trouver une solution diplomatique. Mais le trio européen a jugé que Téhéran n’avait pas fait les « gestes concrets ». Les Européens avaient posé trois conditions : reprise des négociations avec les États-Unis, accès des inspecteurs de l’AIEA sur les sites nucléaires sensibles de Natanz, Fordo et Ispahan, bombardés en juin par Israël et les États-Unis, processus pour sécuriser le stock d’uranium enrichi.
La Russie et la Chine ont proposé, sans succès, vendredi 26 septembre au Conseil de sécurité de l’ONU de prolonger de six mois l’accord sur le nucléaire iranien qui expire le 18 octobre, afin de donner plus de chances à la diplomatie. Dans ce contexte, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a accusé ce samedi les Occidentaux de « saboter » la diplomatie, répétant que pour Moscou, le rétablissement est « légalement invalide». Il a précisé avoir envoyé un courrier en ce sens au secrétaire général de l’ONU pour lui dire que la décision du Conseil « ne peut pas être appliquée ».
Son homologue allemand Johann Wadephul a lui assuré à l’ONU que les Européens restaient « ouverts à des négociations pour un nouvel accord ». En 2015, France, Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis, Russie et Chine avaient conclu avec Téhéran un accord, prévoyant un encadrement des activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée des sanctions.
Les États-Unis, sous le premier mandat du président Donald Trump, ont décidé en 2018 de s’en retirer et de rétablir leurs propres sanctions. L’Iran s’est ensuite affranchi de certains engagements, notamment sur l’enrichissement d’uranium. « L’Iran n’a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer une bombe atomique », a affirmé à l’ONU le président iranien.
Premières réactions au rétablissement des sanctions
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a tout de suite appelé l’Iran à « accepter des pourparlers directs » après le rétablissement des sanctions de l’ONU pour son programme nucléaire. « La diplomatie est encore une option, un accord reste la meilleure issue pour le peuple iranien et le monde. Pour que cela arrive, l’Iran doit accepter des pourparlers directs, menés de bonne foi, sans tergiversations ni obscurcissements », a écrit Marco Rubio dans un communiqué, appelant les autres pays à « mettre immédiatement en œuvre » les sanctions contre Téhéran.
L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont salué ce dimanche 28 septembre le rétablissement des sanctions contre l’Iran pour son programme nucléaire. « Nous appelons l’Iran à s’abstenir de toute action escalatoire et à se conformer à nouveau à ses obligations », ont écrit les ministres des Affaires étrangères allemand, britannique et français dans un communiqué conjoint. Les trois pays « continueront à travailler avec toutes les parties à la recherche d’une solution diplomatique garantissant que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire », ont-ils ajouté.
rfi























































































